Il convient de tempérer l’enthousiasme consecutif à l’accord avec le FMI : au 12 septembre 2026, rien n’est décaissé. Un accord au niveau des services n’est pas un programme. Il reste l’accord de la direction générale, puis celui du Conseil d’administration du fonds — dont on ne sait quand ils interviendront. Et avant ce passage, Dakar doit purger le dossier de fausse déclaration budgétaire (misreporting ou dette cachée pour d’autres). On annonce 2,2 milliards de dollars ; le premier tirage n’en représentera qu’une part.
Or le contexte politique a changé de nature, pas seulement d’intensité. Le limogeage d’Ousmane Sonko en mai, son élection au perchoir de l’AN 4 jours plus tard, l’arrivée d’un ancien banquier central à la Primature, ce n’est pas une querelle d’hommes. C’est un arbitrage de doctrine. D’un côté un exécutif qui a tranché pour l’orthodoxie et le financement extérieur. De l’autre une majorité parlementaire conduite par celui qui défend la lecture souverainiste et endogène.
Le programme devra vivre dans un Parlement présidé par quelqu’un qui n’en partage pas les prémisses. Ce n’est pas un détail, c’est le principal aléa d’exécution…
À court terme, trois conditions devront être remplies. D’abord la crédibilité statistique : c’est elle, pas le taux de croissance, qui a coûté deux années au pays. Ensuite les assurances de financement des partenaires — Banque mondiale, BAD, bilatéraux — sans lesquelles le dossier ne monte pas au Conseil d’administration du FMI. Enfin un « traitement » de dette qui allège réellement le profil de refinancement.
Sur ce dernier point, la ligne rouge est assumée : exclure la dette en FCFA détenue sur le marché régional, pour ne pas transformer un ajustement budgétaire en crise bancaire dans l’UEMOA. La logique se défend mais pas sûre qu’elle résiste à l’analyse (Voir ma contribution à paraître sur le volet prudentiel). Cette exclusion, si elle se concrétise, a un prix, qu’il faut nommer. Concentrer l’effort sur la dette externe — bilatérale, commerciale, eurobonds — et invoquer ensuite la comparabilité de traitement du Cadre commun, c’est demander aux créanciers externes de financer seuls la protection du système régional. Et la dette régionale, elle, ne disparaît pas : elle reste à refinancer, année après année, auprès de banques dont le souverain est déjà le premier débiteur.
À moyen terme, le pays ne se sauvera pas par la croissance. 6,7 % en 2025, une première année pleine de production pétrolière, et une dette réévaluée autour de 132 % du PIB : le problème n’est pas de produire, il est de convertir la production en recettes et la recette en signature crédible. Cela veut dire élargissement d’assiette (qui avait déjà commencé) plutôt que hausse de taux, maîtrise réelle de la dépense fiscale, et une croissance hors hydrocarbures au regard de la part très marginale de ce que l’exploitation de ces matières premières rapporte au budget.
Et puis il y a ce que la note technique ne mesure jamais. Le ménage de Pikine ne lit pas l’analyse de viabilité de la dette. Il constate le prix du gasoil, celui du transport, celui du sac de riz. La réduction des subventions énergétiques était budgétairement inévitable ; elle est socialement ce qu’il y a de plus cher dans tout le programme. Les transferts ciblés sont la condition de tenue politique de l’ajustement. S’ils tardent, ce n’est pas le programme qui déraille — c’est la rue qui décidera.
Reste la question qu’il faut immanquablement se poser : un ajustement de trois ans est-il réalisable par un exécutif et un législatif qui ne partagent ni le diagnostic, ni le remède, et qui se préparent déjà pour les échéances électorales de 2027 et 2029 ?
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